Peut-on se passer des expériences sur les primates dans
la recherche en neurologie ? La réponse est Oui ! André
Ménache, docteur vétérinaire, en fait la démonstration
dans un rapport publié par One Voice.
En finir avec l’expérimentation
animale, c’est l’un des combats majeurs de One Voice. Depuis des
années l’association fait entendre la voix des millions d’animaux
martyrisés et sacrifiés au nom de la science. Non seulement parce
qu’au XXIème siècle, la technologie, en particulier, offre de
merveilleuses perspectives d’avancées scientifiques avec par exemple
les expériences in vivo ou les techniques d’imagerie non-invasives.
Mais aussi parce que les expériences sur animaux « ne résistent pas
à un examen scientifique » comme vient de le démontrer André Ménache
dans un rapport consacré aux expérimentations sur les primates dans
la recherche en neurologie.
Des différences majeures
Le vétérinaire, également directeur exécutif d’Antidote
Europe, rappelle tout d’abord une vérité scientifique : le
cerveau humain est bien différent de celui des primates non-humains,
tant dans son anatomie que dans son fonctionnement. Par exemple, «
le cortex humain fait 10 fois la superficie de celui du singe, un
neurone humain crée entre 7 000 et 10 000 synapses (connexions),
chez le singe rhésus ce nombre se situe entre 2 000 et 6 000… » Puis,
à partir d’une sélection d’exemples parmi les maladies neurologiques
les plus « médiatiques » du moment, comme les maladies d’Alzheimer,
de Parkinson, l’autisme, etc., et appuyés par les propos de nombre
d’experts du sujet, André Ménache dresse le bilan scientifique de
plusieurs décennies de recherches réalisées sur les primates.
Échec du modèle animal
Résultat : le lourd tribu payé par nos cousins –macaques, ouistitis
et autres lémuriens- n’a servi, en la matière, à rien ou presque.
Pire, ce qui nous est parfois présenté comme une avancée majeure
était déjà expérimenté chez l’homme depuis une quarantaine d’années.
C’est notamment le cas de l’utilisation de la stimulation cérébrale
profonde dans la maladie de Parkinson. Selon un groupe de
scientifiques qualifiés, le ouistiti a été utilisé de façon
improductive pendant des décennies dans la recherche sur la
prévention de l’AVC. Les recherches menées sur la maladie
d’Alzheimer témoignent également du « monumental échec du modèle
animal ». Rien d’étonnant pour le Dr Kellie Hechman, pour qui les
recherches effectuées sur le microcèbe, petit lémurien, sont «
biaisées d’avance ». L’animal est, par exemple, très sensible aux
cycles de lumière et une altération de ceux-ci peut le conduire à
vieillir prématurément. L’enfermement et les conditions de détention
pourraient aussi contribuer au développement anormal du cerveau chez
les animaux. Ce qui est vrai pour le microcèbe l’est également pour
les autres primates non-humains. Enlever des animaux à leur milieu
naturel et les condamner à une vie dépourvue d’enrichissements
environnementaux et des interactions sociales nécessaires à leur
développement conduit à faire des recherches sur des animaux
atteints de troubles du comportement. Même les chercheurs qui
utilisent des animaux pour leur recherche reconnaissent les effets
et les symptômes très négatifs créés par la séparation familiale,
l’isolement et l’ennui, qui s’ajoutent à la douleur et aux
souffrances infligées à ces animaux lors des expériences. Certains
d’entre eux font même part du conflit moral auquel ils sont
confrontés lors des expériences sur primates.
La promesse technologique
Sur un plan éthique comme scientifique, plus rien ne justifie la
poursuite de ces expériences. Selon certains sondages, 80 % des
citoyens de l’Union européenne se sont d’ailleurs prononcés contre «
presque toutes les expériences sur les primates ». En neurologie,
nombre d’alternatives à l’expérimentation animale existent
aujourd’hui comme le rappelle le Dr Aysha Akhtar, médecin et
chercheur en neurosciences, en citant « l’imagerie et des outils
neurophysiologiques pour cartographier et comprendre le
fonctionnement du système visuel et d’autres systèmes neurologiques
humains ». Ou encore le professeur en imagerie Paul Furlong qui
parle, par exemple, des « réelles opportunités qu’offrent la
magnétoencéphalographie (MEG) et l’imagerie par résonance magnétique
fonctionnelle (IRMf) ». Auxquelles on pourrait ajouter
l’électro-encéphalographie (EEG) et même la tomographie par émission
de position (TEP).
L’exemple du modèle juridique suisse
Reste que la loi n’a pas été mise en accord avec l’évolution de la
société et des connaissances. L’Europe vient récemment encore de
céder aux lobbies pro-expérimentation animale en ne remettant pas en
cause, lors de la révision de la Directive européenne 86/609CEE, les
conditions d’autorisation et de contrôle des expériences menées sur
les animaux. Ainsi, environ 10 000 primates pourront continuer à
être sacrifiés chaque année dans l’UE sans qu’un examen préalable,
pour déterminer si une méthode sans animaux est disponible, ne soit
réalisé. À nos frontières, la position de la Suisse sur le sujet
offre un exemple à suivre. Le droit helvète exige en effet qu’avant
qu’une expérience soit autorisée, ses bénéfices pour la société sont
évalués en regard des souffrances infligées aux animaux. En 2009,
deux expériences prévues sur des macaques ont ainsi été interdites
par la Haute Cour de Zurich. Dans ce même canton, les licences
attribuées pour l’expérimentation animale peuvent être contestées
par un comité consultatif d’experts externe à l’expérience, ce qui
garantit non seulement l’indépendance des décisions mais également
la confrontation des idées.
L’arme législative
Pour l’auteur du rapport « les arguments scientifiques contre les
expériences sur les primates ont déjà gagné. Il est maintenant
question d’une bataille médiatique pour gagner le soutien de
l’opinion publique. » Et c’est sur le terrain juridique que cette
bataille se jouera. Même si elle est loin de préserver la « dignité
des animaux », la loi européenne permet d’attaquer en justice une
expérience sur un animal dès lors que «des données équivalentes
peuvent être obtenues par une méthode n’utilisant pas d’animaux. »
Tous ceux qui défendent l’idée d’une science respectueuse du vivant
doivent donc saisir chaque occasion « pour exploiter à fond cette
avancée juridique ». La vulgarisation de l’information et la mise
sur la place publique du débat qui divise le milieu scientifique
contribueront sans aucun doute à mettre en cause le modèle animal et
à légiférer sur de nouveaux droits pour les animaux, en général, et
les primates, en particulier. En publiant ce rapport, One Voice
participe à ce combat.

Rapport
Le remplacement des
primates dans la recherche
en neurologie
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