Animaux et moralit�
11. On ne peut pas dire qu�une morale soit correcte ou qu�elle ne soit pas
correcte, vous avez la v�tre et j�ai la mienne. (3 r�ponses)
1. La pens�e du relativisme moral est assez ancienne mais elle �tait redevenue
d�actualit� au tournant du si�cle, au moment o� ont �t� rendues publiques les
comparaisons entre les habitudes des soci�t�s �trang�res avec celles d�couvertes
en Europe. Elle retomba dans la d�su�tude apr�s la Seconde Guerre Mondiale, bien
que refaisant occasionnellement apparition. Il faut croire par l� que les
propositions morales ne sont rien de plus que des expressions d�opinions
personnelles, qui n�ont par cons�quent pas de poids.
Le probl�me majeur est que les relativistes moraux sont incapables de d�noncer
des pratiques ex�crables tel que le racisme. Sur quels fondements peuvent-ils
condamner les id�es d�Hitler au sujet de la puret� raciale ? Faut-il penser
qu�il prof�rait une v�rit� morale en proposant la Solution Finale ?
Les relativistes sont non seulement incapables de d�noncer des pratiques des
autres soci�t�s mais ils sont aussi incapables de d�noncer des pratiques au sein
m�me de leur propre soci�t�. S�il arrivait qu�un individu propose d��lever des
enfants et de les tuer pour la fabrication d�aliments pour les animaux de
compagnie, ils seraient incapables de r�agir. En effet, ils sont incapables de
concevoir le progr�s moral social, dans la mesure o� ils ne sont pas pr�dispos�s
� juger le progr�s. Il est insens� de se tourner vers eux pour obtenir des
conseils relatifs � l��thique tels que l�euthanasie, l�infanticide ou encore
l�utilisation de f�tus pour la recherche.
Face � de tels arguments, pour se d�fendre les relativistes vont parfois dire
que la v�rit� morale est bas�e sur les croyances d�une soci�t� ; la v�rit�
morale n�est rien d�autre que le reflet des coutumes et des habitudes d�une
soci�t�. L�abattage des animaux est acceptable en Occident, diront-ils, parce
que la majorit� le pense.
Leur th�se n�a pas plus de fondement dans ce qui va suivre : Devons-nous
accepter que l�esclavage �tait juste avant la Guerre Civile am�ricaine et
qu�elle est devenue condamnable par la suite ? Est-ce que toutes les d�cisions
morales sont en fonction des r�sultats de sondages d�opinions ?
Il est certain que chaque soci�t� � ses propres pratiques qui peuvent �tre
per�ues comme �tant conformes � la morales pour certains et non pour d�autres.
N�anmoins, ces diff�rences tiennent de diverses circonstances. Par exemple, dans
une soci�t� qui conna�t la famine, offrir la nourriture en quantit� limit�e � un
nourrisson aurait des r�percussions sur les conditions de vie des autres membres
qui contribuent � entretenir la famille. Partant de cela, l�infanticide pourrait
�tre moralement acceptable.
La conclusion est qu�il existe une v�rit� morale (autrement, l��thique serait
vide de sens et lib�r�e de force proscriptive). La continuit� de la pens�e entre
ceux qui d�noncent l�esclavage, la discrimination raciale, et ceux qui d�noncent
la discrimination des esp�ces devient alors frappante. --AECW
2. De nombreux activistes DA (moi y compris) croient que la moralit� est
relative. Le DA est bien plus discut� de fa�on convaincante quand il est discut�
du point de vue de votre adversaire, une moralit� universelle difficilement
d�finissable. Lorsqu�il s�agit de s�attaquer � l�absolutisme moral, il y a une
objection tr�s simple: D�o� vient cette moralit� absolue ? L�absolutisme moral
est un argument d�autorit�, une tautologie. S�il existait une chose telle que
"la v�rit� morale", il y aurait aussi des moyens de la d�terminer, or il n�y en
a manifestement pas, et en l�absence d�une preuve de " v�rit� morale ", je ne
vois pas comment AECW peut tirer sa conclusion.
Une m�thode pour �lever la moralit� d�un individu est de lui demander pourquoi
il �prouve de la compassion pour les �tres humains. Dans la plupart des cas, il
ne dira pas que cela tient du fait que : 1) les humains disposent du langage, 2)
les humains composent des chansons, 3) les humains peuvent projeter des actions
futures 4) les humains ont une culture de l��crit, une culture technologique,
etc. Mais plut�t il dira que cela tient du fait que les humains peuvent souffrir,
peuvent ressentir la douleur, peuvent �tre bless�s, etc. L�individu qui, par son
arbitraire inconsistance, n�accorde pas un statut moral aux non humains est
imm�diatement �cart�. --JEH
3. Il demeure une position interm�diaire entre celles d�AECW et de JEH. Les
math�matiques sont construites sur une s�rie d�axiomes ind�montrables, comme
l�est aussi le syst�me de l��thique. A la base d�un syst�me d��thique se
trouvent des axiomes moraux, tel que "la souffrance inutile n�est pas
justifiable". Une fois r�unis la s�rie d�axiomes, les m�thodes de raisonnement (telles
que la d�duction et l�induction), et les faits empiriques, il devient alors
possible d��mettre des hypoth�ses morales. C�est de cette fa�on que l�on peut
qualifier une morale de juste. Bien entendu, il est toujours possible que l�on
ne soit pas d�accord avec l�exemple des axiomes, et in�vitablement, un tel
d�saccord rend la morale "relative", n�anmoins le concept de v�rit� morale n�est
pas pour autant d�nu� de sens.
Heureusement, les axiomes moraux fondamentaux semblent �tre presque
universellement accept�s, et souvent pour la raison qu�ils sont n�cessaires au
bon fonctionnement des soci�t�s. En cas de diff�rences, celles-ci peuvent �tre
�lucid�es et discut�es, avec une m�thode similaire � celle de "l��l�vation"
d�crite par by JEH. --DG
"Pour un homme dont l�esprit est libre, la souffrance d�un animal est bien plus
intol�rable que celle d�un humain. Pour l�humain, il est admis que la souffrance
est inacceptable et que l�auteur des faits est un criminel. Et en m�me temps,
des milliers d�animaux sont tous les jours inutilement massacres sans un moindre
sentiment de scrupule, et celui qui en fait mention est ridiculis�. Cela est un
crime impardonnable." --Romain Rolland (auteur, Nobel 1915)
VOIR AUSSI : 5
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12. Qu�est-ce qui ne va pas dans le fait que les animaux soient �lev�s pour
�tre consomm�s ?
Cette question est toujours apparue � moi comme une version fantaisiste de "Et
si nous voulons le faire, qu�y a-t-il de mal ?" l�id�e qu�un acte puisse �tre
moralement disculp� est absolument insens�.
Et pire encore, il est dangereux d�adopter une telle position dans la mesure o�
cela permettrait de justifier des pratiques universellement condamnables. Pour
mieux comprendre, penchons-nous sur cette reformulation :
"Leur souffrance est justifiable tant que nous les �levons dans ce but." Un tel
argument peut-il �tre repris par analogie pour d�fendre les esclavagistes qui
nourrissent et asservissent les humains et qui se d�fendraient en disant : �Mais
nous les nourrissons pour qu�ils soient nos ouvriers"? Les Nazis pourraient-ils
d�fendre l�extermination des Juifs en disant "Nous les avons rassembl�s pour
qu�ils soient tu�s� ? --DG
"Honte � une telle moralit� qui m�rite d��tre damn�e, une moralit� incapable de
reconna�tre l��ternel essence de chaque chose vivante, et qui brille
d�insignifiance aux yeux de ceux qui voient le soleil !" --Arthur Schopenhauer (philosophe)
VOIR AUSSI : 13, 61
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13. Mais n�est-il pas vrai que les animaux n�existeraient pas si on ne les
�levait pas pour l�abattage ?
Il y a deux interpr�tations possibles de cette question. Dans un premier cas,
"les animaux" renvoie � l�esp�ce animale, la phrase pourrait alors �tre
reformul�e ainsi :
"La niche �cologique de la vache est la ferme ; sa survie se poursuit dans cette
niche en �change de quoi, nous l�utilisons."
Dans un deuxi�me cas, "les animaux" renvoie � l�id�e d�individus, la phrase
pourrait alors �tre reformul�e ainsi :
"Les vaches que l�on �l�ve pour la consommation, n�auraient jamais connu la vie
si on ne leur en avait pas offert la possibilit�."
Dans le premier cas nous avons affaire � une interpr�tation de l�esp�ce en
g�n�ral (la vache) et dans le second cas, en tant qu�individus (les vaches).
L�interrogateur a sans doute voulu appliquer l�argument � toutes les esp�ces
d�animaux ; et pour �tre plus concret, nous allons prendre l�exemple de la vache
dans le texte qui suit :
Il est faux de penser que la vache n�existerait plus si l�on arr�tait de
l��lever dans des fermes pour les besoins de l�Homme. D�abord, dans de
nombreuses r�gions d�Inde et d�ailleurs, l�Homme et la vache cohabitaient en se
respectant mutuellement. C�est seulement au cours de la r�cente histoire de
l�Homme que cette relation a �t� corrompue en se d�viant vers une relation
d�exploitation � sens unique comme nous pouvons l�observer aujourd�hui. Entre
l�abattage/la consommation et l�extinction, il EXISTE bien une niche pour la
vache. (Pour aller plus loin, le lecteur est invit� � d�couvrir l�ouvrage de
Jeremy Rifkin, Beyond Beef, qui traite assez clairement de ce sujet.)
Deuxi�mement, plusieurs organisations ont mis en place des programmes de
protection des animaux en voie d�extinction, et il n�y a aucune raison pour que
la vache ne fasse pas partie de cette liste d�animaux.
Aussi, l�argument de l�esp�ce est vou� l��chec car notre intensif affermage du
b�tail entra�ne la destruction de l�habitat et la disparition d�autres esp�ces.
Par exemple, la d�forestation pour le p�turage a entra�n� l�extinction d�un
nombre inconsid�rable d�esp�ces. L��levage du b�tail conduit � la destruction
d�habitats dans les six continents. Pourquoi alors se focaliser sur la vache
sans s�int�resser aussi aux autres esp�ces ? Le v�ritable souci ne serait-il pas
en fait de pouvoir continuer � consommer de la viande de b�uf ?
Enfin, un argument de poids peut se dresser contre l�argument de l�esp�ce ; des
arguments similaires pourraient �tre d�velopp�s et ils nous demanderaient
d�accepter des pratiques universellement condamn�es. Par exemple, prenons une
soci�t� qui �l�ve une race sp�ciale d�humains pour s�en servir comme esclaves.
Ils s�en d�fendent en d�clarant que la race n�existerait pas s�ils ne les
�levaient pas pour les utiliser comme esclaves. Le lecteur accepte t-il cette
justification ?
Passons maintenant � l�interpr�tation de � vaches � en tant qu�individus. On
r�futerait l�argument en r�pondant ainsi : "Mieux vaudrait ne jamais �tre n�
plut�t que de na�tre pour conna�tre une vie courte et mis�rable."
Pour beaucoup, cela suffit. Toujours est-il que l�on pourrait d�noncer les
conditions de vie avant l�abattage. Imaginons que les vaches soient bien
trait�es avant d��tre abattues pour leur viande, sans douleur. Il faut savoir
que les vaches auraient malgr� tout joui de leur vie, m�me courte, si elles
n�avaient pas �t� �lev�es pour la consommation. Que penser alors de l�id�e de
remplacer une vie par une autre ?
Au d�part, pour Peter Singer cet argument �tait absurde parce qu�il n�est pas
d��mes de vache qui attendent de na�tre. Beaucoup acceptent cette vision et s�en
contentent, mais aujourd�hui Singer la rejette car selon lui, offrir une vie
agr�able � un �tre n�est pas forcement un avantage pour lui (Ce sujet est
d�velopp� dans la seconde �dition de Animal Liberation). Que faut-il comprendre
alors ? Il est important de noter que le mouvement DA d�clare que les humains et
les non humains ont le droit de ne pas �tre tu�s par des humains. Le probl�me
�thique est �vident en appliquant l�argument aux humains. Prenons le cas d�un
couple qui donne naissance � un nourrisson et le mange � l�age de neuf mois,
juste apr�s la naissance de l�enfant suivant. Un b�b� de neuf mois n�a pas plus
de connaissance rationnelle de sa situation ou de son avenir qu�une vache, il
n�y a donc pas lieu de faire la distinction entre les deux cas. Et naturellement,
les parents seraient condamnables car l�enfant est un individu � qui a �t�
conf�r� le droit de ne pas �tre tu�. Et pourquoi ce droit n�est pas conf�r� � la
vache ? La r�ponse est alors toute simple : parce que l�on veut consommer de la
viande de boeuf. --DG
"Il aurait �t� mieux pour un �tre sensible qu�il ne connaisse pas la vie plut�t
qu�il la connaisse pour seulement endurer une mis�re certaine" --Percy Bysshe
Shelley (po�te)
VOIR AUSSI : 12
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14. Les animaux que nous utilisons ne m�nent-il pas une vie plus heureuse
puisqu�ils sont nourris et prot�g�s ?
Cet argument avait �t� employ� pour d�fendre l�id�e que les Noirs �taient plus
heureux en tant qu�esclaves dans des plantations plut�t qu�en tant qu�hommes et
femmes libres, argument qui pourrait aussi s�appliquer aux d�tenus en prison,
cependant, la prison repr�sente une des plus dures punitions de la soci�t�. Les
b�tes des fermes industrielles souffrent tellement qu�il est impossible que leur
condition soit pire dans la nature, dans leur habitat naturel. L�-bas ils ont
leur libert� et retrouvent leurs activit�s naturelles. Le fait qu�ils puissent
aussi souffrir dans la nature ne justifie pas qu�ils doivent aussi souffrir en
captivit�.
La question renferme deux suppositions : la premi�re est que la joie et le
contentement sont procur�s par le fait d��tre nourris et prot�g�s ; la deuxi�me
est que les animaux sont nourris et prot�g�s et ne sont donc pas � plaindre. Ces
deux suppositions sont � remettre en question.
Certainement, les b�tes sont nourries car apr�s tout elles doivent bien etre
engraiss�es pour pouvoir ensuite �tre consomm�es. Il est difficile de
reconna�tre par exemple que les poulets des fermes industrielles soient "prot�ges".
Ils ne sont pas prot�g�s de la mutilation car ils sont douloureusement d�becqu�s,
ils ne sont pas prot�g�s de la d�tresse psychologique, parce qu�ils sont
entass�s les uns sur les autres dans des conditions non naturelles, et ils ne
sont pas prot�g�s de la pr�dation, parce qu�ils sont abattus et consomm�s par
les humains.
Nous pouvons aussi remettre en question l�id�e que le bonheur n�est apport� que
par la nourriture et la protection. A l��poque romaine, les gal�riens �taient
nourris et prot�g�s ; cependant, ils auraient bien �chang� leur condition contre
une autre. Nous pouvons en dire de m�me au sujet des esclaves en Am�rique.
Et enfin, on arrive � un argument moral pertinent en retournant � la question 13
: les parents nourriront et prot�geront leur enfant jusqu�au jour o� ils le
consommeront. Ce traitement n�est pas l�gitime, pourquoi le serait-ce alors pour
les poulets ? --DG
VOIR AUSSI : 13
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15. L�utilisation des animaux au service de l�Homme est-elle consid�r�e comme
de l�exploitation ?
Cette question sous-entend que nous devons tous travailler pour vivre et il ne
devrait pas y avoir d�exception de faite pour les animaux. Le probl�me est que
nous consid�rons ici les animaux comme des enfants, et de ce fait, ils doivent
alors pouvoir b�n�ficier des m�mes formes de protection et des m�mes droits ;
ils sont en effet comme eux, incapables d��tre moralement responsables. Nous ne
for�ons pas les enfants � aller travailler ! Une distinction est � faire
cependant : les animaux sont de fa�on permanente inaptes � prendre l�initiative
de travailler, ce qui n�est pas le cas des enfants. Nous n�imposons pas le
travail aux enfants parce qu�ils ont besoin de temps pour devenir des adultes et
de s�acqu�rir d�une morale. Avec les animaux, nous choisissons pour eux un r�le
utile � l�homme, en �change de quoi nous n�abuserons pas d�eux en les consommant.
Si cela est fait dans des conditions de travail appropri�es (par exemple, avec
des moments de repos) et non dans des conditions d�exploitation, cela
repr�senterait une forme de rapport qui est acceptable, les deux parties en
tireraient profit, et cela est en accord avec la philosophie DA. --DG
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16. La Bible n�offre t-elle pas � l�Homme la domination sur les animaux ?
Domination ne signifie pas tyrannie. La Reine d�Angleterre avait le pouvoir sur
ses sujets, mais elle n�avait le droit de les manger, de leur faire subir des
exp�riences dans des laboratoires. Si nous avons la domination sur les animaux,
c�est certainement en les prot�geant et non pour nous en servir � nos propres
fins. Aucun passage de la Bible ne justifie les pratiques d�aujourd�hui qui
d�figurent l�environnement, d�truisent des esp�ces sauvages, et entra�nent tous
les jours la mort � des milliards d�animaux. La Bible accorde une consid�ration
� la vie ; Dieu ne puis qu��tre d�sol� face � la mani�re dont les animaux sont
trait�s.
En partant du principe que la Bible est la parole de Dieu, et que Dieu est
l�ultime autorit� morale, il faut noter qu�un passage dans la Bible conf�re la
domination de l�Homme sur les animaux. En laissant pour l�instant de c�t� la
signification du mot domination, il faut �tre prudent quant � vouloir rechercher
l�autorit� morale de la Bible. Tout d�abord parce que les interpr�tations de la
Bible sont controvers�es, avec de nombreux versets qui se contredisent, sans
compter les divergences d�interpr�tation de certains versets.
Deuxi�mement, il existe une telle diversit� de religions parmi les diff�rentes
cultures dans le monde ; certains Dieux implorent le respect � toute forme de
vie et interdisent de retirer une vie inutilement. Quel Dieu faut-il alors
prendre en compte pour l�ultime autorit� morale ?
Et enfin, comme Tom Regan l�observe, beaucoup ne croient pas en Dieu, et faire
appel � son autorit� morale n�est pas appropri�e. Pour eux, la validit� des
jugements du suppos� Dieu doit �tre contre-v�rifi�e avec d�autres m�thodes de
d�termination du raisonnable. Quelles sont alors ces contre-v�rifications des
affirmations de la Bible ?
Ces remarques s�appliquent �galement � d�autres approbations de la Bible
concernant certaines pratiques des humains (telle que la consommation de viande).
Quand bien m�me nous acceptons que Dieu repr�sente l�autorit� morale, nous
pouvons remarquer que � domination � est un terme au sens vague, signifiant
"intendance" ou "contr�le". Il est ais� d�arguer en soutenant qu�une forme
appropri�e d�intendance ou de contr�le consisterait en le respect de la vie des
animaux et de leur droit de vivre en accord avec leur propre nature. Passer de
la domination � notre brutale exploitation des animaux n�est pas mentionn� dans
la Bible, que ce soit de mani�re explicite ou implicite. --DG
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17. La morale est propre � l��tre humain (les animaux ne comprennent pas la
morale) ; cela signifie t-il qu�il n�est pas rationnel d�appliquer la moralit�
aux animaux ?
L�inaptitude des animaux � comprendre et � adh�rer � nos r�gles est identique �
celle d�un enfant ou d�une personne mentalement d�ficiente.
Le c�t� fallacieux de cet argument est d�montrable par cette simple substitution
: les nourrissons et les jeunes enfants ne comprennent pas la morale, cela
signifie t-il qu�il n�est pas rationnel de leur appliquer notre moralit� ? Bien
entendu que non ; nous nous d�fendons de faire du mal aux nourrissons et aux
enfants pour les m�mes raisons que nous nous comportons aussi de cette sorte
avec les adultes. Le fait qu�ils soient incapables de conceptualiser un syst�me
de morales et de leurs bienfaits n�est pas pertinent.
Une distinction pertinente est � faire entre "agents moraux" et "patients moraux".
Un agent moral est un individu disposant d�une capacit� conceptuelle
sophistiqu�e � se r�f�rer � des principes moraux dans le choix de ses actions ;
face � une situation, il a le libre arbitre de ses actions. En vertu de ses
capacit�s, il est juste de rendre les agents moraux responsables de leurs actes.
L��tre humain adulte et normalement constitu� est un agent moral.
Les patients moraux, au contraire, ne disposent pas des capacit�s des agents
moraux et ne peuvent de ce fait �tre responsables de leurs actes. Cependant, ils
ont des pr�dispositions pour ressentir la douleur et sont � m�me d��tre objets
de consid�ration des agents moraux. Les nourrissons, les jeunes enfants, les
personnes intellectuellement d�ficientes ou mentalement handicap�es, et les
animaux non humains entrent dans la cat�gorie des patients moraux.
Etant donn� que les �tres non humains sont des patients moraux, ils tombent � la
port�e de la consid�ration morale, et par cons�quent il est bien rationnel de
leur accorder la m�me consid�ration morale que nous accordons � nous m�mes. --DG
VOIR AUSSI : 19, 23, 36
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18. Si tuer un animal d�range les d�fenseurs des DA, pourquoi ne sont-ils pas
fructivores ?
Tuer un animal n�est pas le sujet principal de la philosophie DA qui se focalise
plut�t sur l��vitement de la douleur et de la souffrance inutiles. Et parce que
les plantes ne ressentent ni la douleur ni la souffrance, la philosophie DA ne
pr�conise pas le r�gime fructivore (r�gime alimentaire bas� sur l�unique
consommation de fruits car ceux-ci sont r�colt�s sans d�truire la plante dont
ils sont issus). --DG
VOIR AUSSI : 42-46
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19. Les animaux ne nous pr�tent pas attention, pourquoi devrions-nous leur
pr�ter attention ?
En d�autres termes, nous n�accordons de droits qu�� ceux qui respectent les
n�tres (argument de r�ciprocit�). En observant la fa�on dont fonctionne notre
soci�t�, cette affirmation n�est pas valable, et en tant que prescription sur la
fa�on dont la soci�t� devrait fonctionner, elle n�en reste pas non plus valable.
Son pouvoir descriptif est sap� simplement en constatant que nous accordons des
droits � un grand nombre d��tres qui ne peuvent respecter les n�tres, comprenant
les personnes �g�es, les personnes atteintes de maladies d�g�n�ratives, les
personnes souffrant d�une irr�versible d�t�rioration du cerveau, les personnes
atteintes d�un s�v�re retard mental, les nourrissons et les jeunes enfants. Une
institution qui sacrifierait quotidiennement de tels individus pour r�aliser des
tests en laboratoire serait gravement en violation des droits de ces individus.
En tant que prescription morale, l�affirmation n�est pas plus valable. Les
g�n�rations futures seront dans l�impossibilit� de nous rendre les actions que
nous menons aujourd�hui en faveur de la protection de l�environnement.
Abandonner ces actions aura des cons�quences pour les futures g�n�rations.
La faille dans la question est l�absence de distinction correcte entre les
capacit�s suivantes :
La capacit� � comprendre et � respecter les droits des autres (agent moral).
La capacit� � jouir de droits (patient moral).
Un individu peut jouir de droits sans avoir besoin d��tre un agent moral. Vu
sous cet angle, on justifierait un traitement diff�rent entre deux �tres (humains
ou non humains) avec une diff�rence objective qui se doit d��tre PERTINENTE. Par
exemple, si nous devions refuser l�inscription d�un �tudiant dans une universit�,
on ne fera pas mention de ses taches de rousseur mais plut�t attirerions-nous
l�attention sur le fait qu�il lui manque certains pr�requis acad�miques. La
premi�re excuse n�est pas pertinente ; la deuxi�me l�est. Pareillement, pour
retourner sur le sujet du droit de ne pas souffrir, parler d�agents moraux n�est
pas pertinent ; car il est effectivement question de patients moraux. --AECW
Pr�tendre que les animaux ne nous pr�tent pas attention est discutable. Il a �t�
rapport� des t�moignages d�animaux de compagnie ayant contribu� � sauver leur
ma�tre quand celui-ci �tait en difficult�, aussi il est bien connu qu�ils savent
apporter du r�confort � leur ma�tre lorsque celui-ci est en d�tresse. Et aussi,
ils manifestent de la douleur � la mort de leur ma�tre. --DG
VOIR AUSSI : 17, 23, 36
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20. Un chien et un b�b� sont � l�int�rieur d�une maison en flammes. Lequel
des deux sauveriez-vous en priorit� ?
Je sauverais mon enfant, par instinct, comme une chienne sauverait ses chiots.
Mais � savoir lequel des deux je sauverais en premier n�a aucun lien avec la
question sur la l�gitimit� morale d�exp�rimenter sur les animaux. Il se pourrait
que je sauve mon enfant au lieu de celui de mes voisins, mais cela ne signifie
pas que l�exp�rimentation sur l�enfant de mes voisins est acceptable.
Mon choix de priorit� n�apporterait aucune indication sur les d�cisions morales
en question. Je pourrais d�cider de sauver mon enfant avant de sauver le v�tre,
mais cela ne signifie pas que je devrais pouvoir exp�rimenter sur votre enfant,
ou encore de l�exploiter. Et de toute fa�on nous ne sommes pas dans une
situation d�urgence telle qu�un incendie. En temps normal, dans la vie de tous
les jours, nous avons pleinement la possibilit� de choisir d agir en faveur de
la protection des droits � la fois des chiens et des b�b�s. --LK
Comme n�importe qui dans une telle situation, je sauverais probablement celui
pour lequel je suis le plus �motionnellement attach�. Tr�s certainement, ce
serait le b�b�. Une autre personne pourrait pr�f�rer de sauver son propre chien
avant de sauver le b�b� d�un autre. Cependant, comme le d�clare LK ci-dessus, il
n�est pas question de principes moraux. --DVH
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21. Que penser de l�utilisation d�un animal d�j� mort ?
Cette question peut �tre consid�r�e sous deux angles. D�abord, c�est une fa�on
de s�excuser : "Mais, je n�ai pas tu� l�animal !", ou deuxi�mement, la question
peut se porter sur la moralit� d�utiliser un animal mort, naturellement ou
accidentellement (au cours d�un accident sur la route, par exemple). Dans la
premi�re interpr�tation, nous devons rejeter l�excuse. Tuer une b�te pour sa
viande, par exemple, est une r�ponse � une demande (celle du march�), et avec le
support financier (l�achat) du consommateur final. Leur complicit� est
ind�niable. La soci�t� n�excuse pas le b�n�ficiaire d�une marchandise vol�e par
le fait qu�"il n��tait pas impliqu� dans le vol".
Dans la deuxi�me interpr�tation, pour ce qui est de l�utilisation d�animaux d�j�
morts, il ne semble pas qu�il y ait d�obstacles moraux en jeu. Beaucoup, pour
des raisons esth�tiques, continuent � refuser ce type de produit. (Utiliserez-vous
les corps d�humains d�membr�s ?) Certainement, l�utilisation seule des animaux
morts naturellement ne peut r�pondre � la forte demande en animaux aujourd�hui ;
des sources non-animales et synth�tiques sont requises.
D�autres peuvent �viter l�utilisation d�animaux d�j� morts avec la pens�e que
cela pourrait encourager une demande pour d�autres produits animaliers, une
demande qui pourrait ne pas �tre si innocemment satisfaite. --DG
On pourrait aussi voir cela comme une forme de respect pour les morts, nous
ressentons une r�vulsion inn�e pour la profanation. Les animaux morts
naturellement devraient pour le moins �tre laiss�s tels quels plut�t que d��tre
recycl�s dans l�industrie. C��tait une pratique r�pandue dans le pass�, les
Egyptiens, par exemple, momifiaient leurs chats. --AECW
"Vous venez de terminer votre d�ner, et pourtant, scrupuleusement, vous savez
que l�abattoir est, de gr�ce, �cart� de votre conscience par la distance, mais
la complicit� est bien l�." --Ralph Waldo Emerson (auteur)
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22. O� faut-il fixer les limites ? Au niveau des animaux, des insectes, des
bact�ries ?
La philosophie DA affirme que les droits doivent �tre accord�s aux �tres
disposant de la capacit� � faire l�exp�rience de la douleur, de la souffrance,
et d��tre un "sujet d�une vie". Une telle capacit� est absente des bact�ries
mais bien pr�sente chez les mammif�res. Il existe des d�bats sur des animaux
comme les mollusques et les arthropodes (y compris les insectes). Il nous
appartient � chacun de d�terminer les limites en nous basant sur des preuves
disponibles et sur notre propre conscience, pour adh�rer au principe de DA
d�crit dans la premi�re phrase.
Les questions 39 et 43 traitent de ce sujet. --DG
VOIR AUSSI : 39, 43
Retour aux Questions
23. Si le fait de tuer est mal, devriez-vous arr�ter les pr�dateurs de tuer
d�autres animaux ?
Ceci est un des arguments les plus int�ressants contre les droits des animaux.
Nous emp�chons les patients moraux humains de faire du mal � d�autres, par
exemple, nous �vitons que nos enfants se battent entre eux ; alors pourquoi ne
pas r�agir de la m�me sorte avec les patients moraux non humains (voir la
question 17 pour la d�finition de patient moral) ? Ce devoir est d�autant plus
important quand nous savons que la pr�dation entra�ne un mal qui est bien
s�rieux : la mort.
Une premi�re r�ponse nos am�ne � faire remarquer que les pr�dateurs doivent tuer
pour leur survie ; les emp�cher de se nourrir a pour effet d�entra�ner leur
mort.
Bien entendu, nous pouvons r�pliquer en disant qu�emp�cher la pr�dation sur une
tr�s grande �chelle est totalement irr�alisable voire impossible, mais cela
n�est pas moralement convaincant.
Imaginons que nous acceptions d�emp�cher le chat de tuer un oiseau. Nous
r�alisons ensuite que l�oiseau est le pr�dateur de nombreux serpents.
Faudrait-il alors conclure qu�il ne faille pas arr�ter le chat ? Ce qu�il faut
retenir est que l�Homme n�a pas une vision assez large pour penser � tous ces
calculs et d�terminations.
La v�ritable r�ponse est que le fait d�intervenir pour arr�ter la pr�dation
d�truirait les �cosyst�mes desquels la biosph�re d�pend, nuisible � toute vie
sur terre. Depuis des millions d�ann�es, ce sont d�velopp�s des �cosyst�mes
complexes dont le fonctionnement et la stabilit� reposent sur la pr�dation. Une
intervention massive de l�Homme pour arr�ter la pr�dation infligerait de s�rieux
et ind�terminables d�sastres sur ces �cosyst�mes, avec des r�sultats
d�vastateurs pour la vie.
Et m�me si nous devions vraiment accepter d�arr�ter la pr�dation, il ne serait
pas justifi� que nous exploitions les patients moraux. Si nous ne parvenons pas
� arr�ter le massacre massif d��tres humains dans d�autres pays, cela ne
signifie pas qu�il soit appropri� que nous participions aussi � ces massacres.
Pareillement, notre impossibilit� � arr�ter la pr�dation ne peut servir �
justifier l�exploitation des animaux. --DG
VOIR AUSSI : 17, 19, 36, 64
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24. Est-ce que le mouvement DA s�oppose � l�avortement ? Si non, avons-nous
affaire � de l�hypocrisie ?
D�une mani�re ou d�une autre, on tente souvent d��tablir un lien entre les
programmes DA et les d�bats sur l�avortement. De telles tentatives sont
d�sorient�es. Consid�rer que l�adh�sion � l��thique du DA d�termine la position
d�un individu sur le sujet des droits des embryons est contre-intuitif, � moins
que l�on puisse aussi d�terminer la position d�un d�fenseur des droits de
l�Homme sur le sujet de l�avortement. N�est-il pas possible de m�priser la
torture, le servage, et autres pratiques barbares sans parvenir � une quelconque
conclusion sur l�avortement ?
Les d�fenseurs DA exigent que les droits actuellement accord�s aux humains
soient �tendus � tous les �tres similaires de fa�on appropri�e. Par exemple,
puisque la soci�t� n�accepte que les matures, les sensibles patients moraux
humains (voir la question 17 pour une br�ve distinction entre patients et
agents) puissent �tre annihil�s au nom de la science, il est logique que des
animaux non humains comparables b�n�ficient aussi de la m�me protection. D�autre
part, l�avortement reste un sujet discutable. Il est absolument illogique de
penser que le mouvement DA ne refl�te rien d�autre que l��ventail d�opinions de
la soci�t� sur la pol�mique de l�avortement.
Dans le fond, les philosophes DA s�attendent � des conditions suffisantes dans
le cadre de l�attribution de droits aux individus, conditions qui justifient les
protections non-controvers�es accord�es aujourd�hui aux humains. On se rend
compte que rien n�encourage ni ne dissuade les tentatives d��tendre la sph�re de
protection aux foetus. --AECW
Il existe un panel d�opinions diff�rentes parmi les d�fenseurs DA sur les sujets
avortement et droits des animaux. Beaucoup, comme AECW, sont convaincus que les
discussions sur l�avortement et le DA sont sans lien, et que la question manque
de pertinence pour la validation des DA. D�autres, comme moi-m�me, pensent que
le sujet de l�avortement est bien pertinent pour les DA. Apr�s tout,
l�attribution de droits aux animaux (et aux �tres humains) se fait en fonction
de leur pr�disposition � la souffrance et � �tre un � sujet d�une vie �. Cela
para�t �vident que le f�tus en phase terminale peut souffrir de l�avortement.
Certaines r�ponses physiologiques cr�ditent ce point de vue, telles que
l�augmentation du rythme cardiaque et l�existence d�un syst�me nerveux
fonctionnel.
On peut �galement ajouter que le f�tus est en phase de devenir un � sujet d�une
vie �, et qu�en avortant le f�tus nous le blessons. Certains r�futent ce dernier
argument d�clarant que le "potentiel" � devenir un � sujet d�une vie � est une
base invalide pour l�attribution de droits, mais ceci est un point philosophique
subtil qui est lui-m�me l�objet d�attaques. Par exemple, une personne tombe dans
le coma. Cette personne a le potentiel de retrouver ses sens apr�s un certain
temps. Est-ce que cette personne a perdu ses droits pendant la p�riode de coma ?
Alors que ces pr�tendus arguments peuvent d�montrer que l�avortement n�est pas
pertinent pour le DA, ils ne d�montrent pas que l�avortement est n�cessairement
mauvais. La raison �tant qu�il est possible d�arguer que les droits du f�tus
sont en conflit avec les droits de la femme, et que ce sont ceux de la femme qui
pr�valent. Tous peuvent ne pas �tre d�accord avec cette comparaison, mais cette
position est bien consistante, non-hypocrite et elle n�est pas en conflit avec
la philosophie DA.
Autres opinions :
Si la sensibilit� d�un �tre n�est pas encore d�velopp�e (ou s�il l�a
d�finitivement perdu), alors il est � nous d�agir comme nous voulons, qu�il soit
v�g�tal, min�ral ou animal (m�me humain). Dans la mesure o� la sensibilit� est
difficile � d�terminer, certains pr�f�rent faire l�erreur de se prot�ger
derri�re la prudence, et s�abstiennent de permettre l�avortement d�s lors que le
syst�me nerveux du f�tus parvient � une �tape o� la sensibilit� a des chances
d��tre d�velopp�e. Cela �tant dit, il est �vident qu�un blastocyste humain a
presque autant de sensibilit� qu�une boule visqueuse, et peut �tre d�barrass�
avec autant de scrupules moraux.
Certains pensent que la sensibilit� ne devrait pas �tre un �l�ment fondamental
pour la distinction, mais plut�t l�existence de certaines ondes c�r�brales. Les
articles qui suivent donnent quelques explications qui peuvent soutenir la
restriction de l�avortement au cours du troisi�me trimestre :
http://eileen.250x.com/Main/Einstein/Brain_Waves.htm
http://www.2think.org/science_avortement.shtml
VOIR AUSSI : 4 pour une analyse des arguments sur l�hypocrisie en g�n�ral. --DG
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25. La th�orie �thique du contractualisme ne d�montre t-elle pas que les
animaux n�ont pas de droits ?
Le contractualisme est une th�orie �thique qui tente d�expliquer notre moralit�
en passant par d�implicites accords mutuels b�n�fiques, ou contrats. Par exemple,
cela expliquerait notre abstinence � nous frapper les uns les autres dans le
cadre d�un contrat implicite : "Vous ne me frappez pas et je ne vous frapperai
pas." La pertinence du contractualisme pour le DA vient du pr�suppos� que les
animaux sont incapables de respecter de tels contrats, et que ces droits ne
peuvent �tre attribu�s qu�� ceux capables de respecter de tels contrats. En gros,
les animaux ne peuvent disposer de droits car ils n�ont pas la capacit�
rationnelle � accepter un contrat qui leur demande de respecter nos droits.
Le contractualisme est probablement l�argument le plus redoutable pour r�futer
la position DA ; et par cons�quent, il est important de le consid�rer en d�tails.
Nous pouvons ais�ment �crire des pages sur le sujet mais nous allons nous
limiter � la consideration des arguments et probl�mes de base. Les lecteurs qui
seraient encore sceptiques ont la possibilit� de se pencher sur des ouvrages sur
le sujet.
Commen�ons par remarquer que le contractualisme ne parvient � offrir un rapport
convaincant sur notre conduite morale et nos motivations. Si la majorit� des
personnes � qui nous demandons pourquoi ils pensent qu�il est mal de voler leur
voisin, ils ne r�pondent pas qu�en ce faisant, ils ont l�assurance que leur
voisin ne les volera pas. Ils ne r�pondent pas non plus qu�ils ont �tabli
implicitement un contrat mutuel avec leur voisin. Au lieu de cela, ils
r�pondront typiquement par une variante du principe du mal. Par exemple, ils ne
volent pas parce que c�est mal pour le voisin. Aussi, nous n�expliquons pas �
nos enfants de ne pas voler pour ne pas �tre vol�s � leur tour.
Une autre fa�on de souligner l�inad�quation entre la th�orie du contractualisme
et notre actuelle conduite morale est de se demander si le fait de sauver son
enfant au risque de sa propre vie entre dans le cadre d�une obligation
contractuelle. Cet agissement est certainement une r�ponse � la d�tresse d�un
autre, sans qu�il soit question d�obligation contractuelle.
Le contractualisme peut alors �tre consid�r� comme une th�orie qui �choue �
expliquer notre conduite morale. Au mieux, il s�agit d�une th�orie que nous
recommanderait ses partisans comme pr�f�rable. � Pr�f�rable �, parce qu�elle
renie les droits aux animaux, et peut-�tre aussi parce qu�elle pourrait dans un
sens �tre favorable � la poursuite de l�exploitation des animaux ?
L�objection la plus s�rieuse au contractualisme est port�e sur l�autorisation �
certains arrangements qui sont presque universellement condamn�s. Prenons un
groupe de gens tr�s riches qui se rassemblent et �tablissent un contrat entre
eux. Le contrat ayant pour effet de garantir que la richesse restera entre leurs
mains. Le contrat leur permet m�me le recours � des tactiques r�pressives pour
que la masse reste dans la pauvret�. Ils arguent qu�en vertu de l�existence de
leur contrat, ce qu�ils font est l�gitime. Des contrats similaires pourraient
�tre �tablis pour exclure d�autres races, sexes, etc.
John Rawls a tent� d�aller au del� de ce probl�me en supposant que les
contractants doivent partir d�une " position initiale " dans laquelle ils ne
seraient pas encore incarn�s en tant qu��tres et doivent �tablir le contrat en
ignorant ce qu�ils incarneront au final. Si au d�part, le contractant ignore
s�il sera, par exemple, incarn� en une personne riche ou une personne pauvre, le
contractant ne formera pas de contrats en se basant sur de tels crit�res. Par
cons�quent, on serait amen� � apporter des ajustements ad hoc � une th�orie
d�ficiente. Mais pour revenir � notre sujet, il y a ici un moyen de soutenir la
position DA. Il est certain que si les contractants sont au d�part totalement
ignorants de leur destin�e, ils devront assumer qu�ils pourront �tre incarn�s en
animaux. Dans ce cas, le contrat renfermera s�rement de solides clauses pour la
protection pour les animaux !
Un autre probl�me que pose l�id�e de Rawls est que les contrats peuvent �tre
per�us par la plupart comme injustes malgr� la position d�ignorance g�n�rale du
d�part. En effet, si la chance d��tre incarn� en propri�taire d�esclaves est de
90 pourcent, un contrat permettant l�esclavage pourrait aboutir parce que la
plupart des individus penseraient qu�ils auront une forte probabilit� d��tre
incarn�s en ma�tre d�esclaves. Ainsi, l�id�e de Rawls est un �chec.
Il est difficile d�imaginer comment le contractualisme puisse permettre de
s��carter du statu quo. Comment est-ce que les pr�tendus contrats qui reniaient
la libert� et excluaient les femmes du droit de vote sont arriv�s � �tre
rediscut�s ?
Aussi, le contractualisme est incapable d�expliquer les droits que nous
accordons � ceux qui sont inaptes � �tablir des contrats, autrement dit, les
nourrissons, les enfants, les gens s�niles, les gens mentalement d�ficients, et
m�me les animaux. Diverses propositions ont �t� avanc�es pour tenter de
justifier l�attribution des droits � ces individus. Puisqu�il n�est pas possible
de toutes les traiter, nous ne nous attaquerons qu�� quelques unes d�entre elles.
Une des propositions implique de faire appel aux int�r�ts des possesseurs de
droits. Par exemple, je ne mange pas votre b�b� parce que vous avez un int�r�t
en lui et je ne souhaiterais pas que vous fassiez de m�me � mon b�b�. Mais alors,
et si par exemple personne n�accordait de l�importance � un nourrisson ? Cela
nous permettrait-il toute utilisation ou tout abus ? Certainement pas. Un autre
probl�me qui se pose ici est que beaucoup expriment un int�r�t � la protection
de tous les animaux. Cela reviendrait � interdire l�utilisation ou l�abus
d�animaux. Ce r�sultat qui convient � la communaut� DA, affaiblit certainement
l�argument du contractualisme qui justifie notre utilisation des animaux.
D�autres voudraient laisser les individus "faire leur chemin" tant qu�ils ne
sont capables de respecter le contrat. Mais alors qu�en est-il de ceux qui n�en
seront jamais capables comme par exemple les personnes s�niles ? Et pourquoi ne
pouvons-nous pas laisser les animaux � faire leur chemin � ?
Certains font appel � l�argument des " droits r�duits ". Les enfants ont des
droits r�duits �tablis pour leur protection. Le probl�me ici est qu�avec les
animaux, la r�duction de droits est compl�tement d�mesur�e. Nous acceptons que
nous ne pouvons mener des exp�riences sur des nourrissons ou de les tuer et de
les manger en raison de leur droits r�duits. Pourquoi alors ces utilisations
extr�mes sont acceptables sur des non humains ?
Certains disent qu�il n�est pas pertinent de savoir si un individu donn� est
capable de contracter et que ce qui est vraiment important est leur capacit�
th�or�tique � le faire. Cependant, les g�n�rations futures ont la capacit� mais
clairement ne peuvent agir r�ciproquement avec nous. Par cons�quent, le
fondement du contractualisme est creux, � moins d�affirmer que nous n�avons pas
d�obligations morales � laisser derri�re nous un monde habitable pour les
g�n�rations futures. Peter Singer pose la question : "Pourquoi limiter la
moralit� � ceux qui ont la capacit� de contracter, si en fait, il ne leur est
pas donn� la possibilit� de le faire ?�
Le contractualisme pose �galement des probl�mes pratiques, par exemple, comment
r�agir si un individu d�sob�it aux contrats moraux, et d�clare qu�il lui est
l�gitime de s�engager dans ce que les autres appelleraient des � actes immoraux
� ? Sommes-nous en mesure de lui faire des reproches ? Et que pouvons-nous faire
en cas de violation du contrat ? Si un individu nous vole, il a rompu le contrat
et nous devons dans ce cas nous en s�parer. Sommes-nous alors dans la l�gitimit�
de le voler en retour ? Ou m�me pire ?
Pour r�sumer, le contractualisme est vou� � l��chec parce que a) il ne
parvient � justifier correctement nos actuelles conduites morales et
motivations, b) il autorise des arrangements contractuels que la plupart verrait
comme injustes c) il ne parvient pas � justifier les consid�rations que nous
accordons aux individus inaptes � contracter, et enfin d) il entra�ne des
probl�mes pratiques. Finalement, il existe un bien meilleur fondement de la
morale : le principe du mal. Il est simple et peut �tre reconnu universellement,
d�gag� de r�ajustements ad hoc, et correspond � notre v�ritable pens�e morale.
--TA/DG
VOIR AUSSI : 11, 17, 19, 96
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