Nous progressons à pas de géant si on compare nos avancées à n'importe quel autre mouvement de justice sociale antérieur. Quand je passe en revue les études obscènes des revues professionnelles de l’industrie ou que je visionne des heures d’images afin de les inclure dans "Rencontrez votre Viande," il est facile d’en sortir déprimée et de perdre de vue les résultats déjà obtenus. Or ce sont pourtant ces avancées, obtenues en un temps très court, qui devraient retenir notre attention. Souvenons-nous que l'esclavage était un marché florissant sur ce continent jusqu'au milieu des années 1860. Il y a cent ans de cela, il n’existait pas de loi contre les mauvais traitements faits aux enfants dans ce pays. Pas une seule. Votre enfant était votre propriété, tout comme l’était votre vache. Beaucoup de lecteurs ont probablement des grands-parents qui se souviennent encore de débats houleux au Congrès : ne disait-on pas que l’Union se dissoudrait si on donnait à ces créatures irrationnelles –les femmes- le droit de participer à la démocratie ? Cela n’était qu’en 1920! La liste est longue... L’histoire nous rappelle que Socrate, père de toute la pensée philosophique occidentale, délivrait son enseignement il y a plus de 2 500 ans, soit 25 fois le temps qui nous sépare des premières lois nord-américaines pour la protection des enfants! Shakespeare, qui reste l’auteur dramatique le plus joué de nos jours, rédigeait ses chefs-d’oeuvre il y a 500 ans, soit plus de trois fois le temps qui nous sépare de l’abolition de l’esclavage… Je ne me lance pas dans une leçon d'histoire mais souhaite seulement souligner la rapidité avec laquelle les choses changent. Il n’y a pas si longtemps –d’un point de vue historique, c’était hier- la société pensait, absolument sûre de son fait, que l’esclavage était une pratique normale et que femmes et enfants étaient des possessions sur lesquelles l’homme avait domination, ceci et tant d'autres choses encore… Ces conceptions sont bien sûr à l’opposé exact de notre éthique actuelle. Même si cela semble difficile à réaliser, les citoyens d’alors pensaient que ces pratiques –jugées abominables aujourd’hui- étaient dans l’ordre des choses. Le défi n'est pas de dire "Regardez donc ce que tous ces comportements archaïques ont coûté à la société d’il y a 100 ans !" mais véritablement de se demander : "Que faisons-nous donc aujourd’hui qui sera considéré avec honte et horreur par les sociétés futures? ». Ce que nous faisons à d'autres animaux est aujourd'hui l'équivalent moral de ce que nous faisions subir à d'autres humains il n’y a pas si longtemps. Je ne puis qu’être d'accord avec Leonard de Vinci : les sociétés du futur regarderont ce que nous faisons subir actuellement aux animaux avec la même incrédulité et le même dégoût que nous avons pour ce que certains individus ont fait à d'autres hommes par le passé. En mai 2003, un sondage Gallup révélait que les deux tiers des Américains pensaient que des lois fortes devraient protéger les animaux d’élevage et quatre-vingt seize pour cent d’entre eux que les animaux devraient recevoir au moins un minimum de protection. Ces industries qui maltraitent les animaux ne seront pas capables d’aller à l’encontre de l'opinion publique pour toujours. Le monde évolue : jusqu'en 1990, une seule proposition de loi visant à protéger les animaux avait été adoptée. Depuis 1990, nous avons passé plus de 20 propositions. Quel chemin accompli! C’est un fait, l'activisme animal dans les pays développés n'a jamais été aussi fort et efficace. De plus en plus de gens descendent dans les rues et dénoncent –avec quelle tenacité et efficacité- ce qui se passe dans les fermes-usines et les abattoirs. L’internet rend nos efforts de plaidoyer encore plus efficaces : PETA a ainsi pu faire connaître notre kit pour végétarien débutant à plus de 200 000 personnes qui l’ont commandé par le net. Et nous pouvons multiplier les exemples. Aux Etats-Unis, si on considère l’étendue de la souffrance animale et si on la met en balance avec les raisons futiles et autres satisfactions gustatives pour lesquelles ces animaux sont condamnés à souffrir, nous ne pouvons qu’être convaincus que la libération animale est l'obligation numéro un de notre temps. Ma croyance profonde est que notre but premier doit être de mettre un terme à ces souffrances et à ces morts aussi rapidement et efficacement que possible. Le 18ème siècle a connu les balbutiements de notre système démocratique. Le 19ème siècle a aboli l'esclavage dans le monde civilisé. Le 20ème a rendu illégal le travail des enfants, criminalisé les mauvais traitements qui leur sont faits, a donné le vote aux femmes et aux Noirs des droits équivalents à ceux des Blancs. Si nous agissons autant que nous le pouvons en alliant nos forces, alors le 21ème siècle sera celui de la libération animale. Je suis profondément honorée de faire partie de ce mouvement, d’y être à vos côtés et vous remercie de m’avoir lue.
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